Se lancer dans l’écriture : comment y (re)trouver du plaisir ?

Samedi 10 octobre, nous vous proposons un nouvel atelier d’écriture de 3h avec Aleth Mandula : à cette occasion, nous lui avons posé quelques questions pour vous donner envie de sauter le pas et de vous inscrire !

Chez Off campus, tu avais animé des ateliers “Lire et écrire” d’1h30. Quelle est la différence avec ce nouveau format ? En doublant le temps, qu'est-ce qui va changer ?

Aleth - Alors effectivement, on double le temps des ateliers. C’était une grande réflexion qu'on a menée avec Siham et Alice, parce qu'on s'est rendu compte qu'1h30, c'était bien mais pas assez. On avait déjà le temps d'explorer à la fois la littérature et aussi d'avoir un temps d'écriture. Mais effectivement, à chaque fois, il y avait une forme de frustration parce qu'on n'avait pas le temps de s'immerger complètement dans l'écriture. Or, dans ce moment très particulier, c'est-à-dire au moment où enfin on y allait, on lâchait, le cours se terminait et il fallait rentrer chez soi. Donc l'idée de ces 3h, c'est vraiment de pouvoir déjà créer du lien entre nous, c'est-à-dire de créer une forme de communauté de personnes qui ont envie d'explorer cet art de l'écrit, et en même temps de proposer plusieurs temps d'écriture. Peut-être que si la première fois, on n'était pas forcément en jambe, et bien la deuxième, c'est comme une forme d'échauffement, et on pourra aller peut-être plus loin. Et c'est aussi bien sûr une possibilité de lire plusieurs textes, donc d'avoir accès à plus d'auteurs ou d'autrices, et également de pouvoir partager peut-être avec davantage de temps. C'est-à-dire qu’à la fin des ateliers d'1h30, peut-être que trois ou quatre personnes pouvaient lire leurs textes. Donc là, j'espère que nous serons bien plus nombreux à se confronter à la lecture à voix haute et de voir qu'effectivement les regards sont bienveillants et que ce qu'on écrit est généralement très bien, ou en tout cas beaucoup mieux qu'on ne le croit.

Quel est ton rapport à l'écriture ?

Aleth - C'est un rapport qui s'est construit au fil des années. Ce n’était pas évident au début, c'est-à-dire que j'ai été comme vous et j'ai aussi assisté à des ateliers d'écriture. J'ai aussi eu des voix extrêmement jugeantes, donc je peux d'autant mieux parler de ce que c'est que de se confronter à l'écriture et de travailler à se reconnecter à ce plaisir. Maintenant, j'exerce au quotidien l’écriture, c'est le centre de ma vie. J'en ai fait un métier. Je suis devenue biographe et j'accompagne des personnes dans l'écriture de leur mémoire. Et c'est aussi donc devenu tout simplement une passion que je transmets à travers ces ateliers d'écriture. Aujourd'hui, je ne considère pas vivre sans écrire parce que ça m'apporte effectivement un plaisir fou.

Parmi les raisons qui peuvent freiner à écrire, il peut y avoir la peur, l'impression qu'on ne sait pas faire ou qu'il faut du talent. Pourquoi et peut-on surmonter ces craintes ?

Aleth - Ce n’est pas évident, parce que c'est comme si à travers l'écriture, on se mettait en jeu. Et on a parfois l'impression qu’en écrivant, on se dévoile, qu'il y a une forme d'intimité, une forme de mise à nu. Donc parfois, surmonter ses craintes c'est mettre de la distance avec ce qu'on écrit, c’est comprendre qu’un texte ne nous définit pas. C'est justement à travers ce plaisir qu'on va trouver une façon de dépasser la peur et d'y trouver quelque chose d'un jeu presque enfantin, d'une innocence qui nous fera retrouver ce goût-là et qui, peut-être petit à petit, nous permettra de pousser et de travailler après, bien sûr, davantage sur la technique ou sur quelque chose de plus ambitieux comme un roman, un essai ou autre. Donc c'est totalement possible et je l'encourage parce que ce qu'il y a derrière, c'est un monde extraordinaire à explorer et pour lequel il faut donc persévérer.

Sans dévoiler tout le contenu de l'atelier, comment est-ce que vont se dérouler ces trois heures ?

Aleth - Alors ça va être 3h assez chargées. On a l'impression que 3h c'est beaucoup et puis finalement ça va passer très vite, en tout cas je l'espère. Il va y avoir plusieurs temps, en premier lieu un temps déjà pour découvrir le thème. C'est un thème surprise et l'idée sera de le découvrir au début de chaque cours à travers un texte que j'aurai choisi. Puis, un peu sur le modèle des ateliers “Lire et écrire” que j'ai pu déjà animer chez off-campus, il y aura deux temps - cette fois-ci, deux temps pour découvrir deux textes de deux auteurs qui seront suivis à chaque fois de deux moments pour essayer de comprendre comment le texte est ficelé, c'est à dire essayer de mettre en valeur des techniques d'écriture, un style particulier, une voix particulière qui mèneront à une consigne d'écriture. On le sait très bien : parfois, on n'écrit pas parce qu'on est complètement tétanisé par la page blanche. On a trop de liberté. On sait que la liberté, c'est compliqué. Et donc la contrainte permet un peu, en mettant des limites, de nous pousser à écrire et de prendre la première idée qui nous vient par la tête pour se lancer. Il y aura donc deux temps d'écriture, deux consignes d'écriture. Et à la fin de ces deux moments, on pourra partager les textes qu'on a écrits puis - et c'est toujours un moment assez extraordinaire, voir comment avec une consigne on a une diversité de propositions assez hallucinantes.

À qui s'adresse cet atelier et qu'est-ce que tu donnerais comme bonne raison de s'inscrire ?

Aleth - Alors cet atelier s'adresse absolument à tout le monde, c'est-à-dire à ceux qui sont curieux de l'écriture mais qui n'écrivent pas forcément au quotidien, à ceux qui ont fait de l'écriture une pratique quotidienne, à ceux qui ont des projets particuliers de romans ou autres, mais qui justement, parce qu'ils sont enfermés dans un projet, veulent accéder à des espaces de respiration qui pourront leur permettre de voir d'autres manières d'écrire et peut-être leur donner des idées aussi pour ce qu'ils écrivent. C'est vraiment un atelier qui est pensé pour que tout le monde s'y retrouve autour de la découverte, donc pour des personnes qui expriment une forme de curiosité et de plaisir. Qu'est-ce qui vous pousserait à peut-être franchir le pas ? C'est tout simplement la curiosité, l'envie d'explorer, l'envie de passer un moment ensemble, comme un événement, c'est-à-dire une sorte de “hors temps”. Et j'espère qu'une fois que vous sortirez de ces 3h, quelque chose se sera déplacé en vous et vous ne sortirez pas de la même façon que vous y êtes entré.

Est-ce qu'il y a un livre que tu recommandes à celles et ceux qui ont envie d'écrire ?

Aleth - Si j'ai un livre que je recommande, ça serait L'art de la joie de Goliarda Sapienza, qui est une autrice italienne. Le roman est assez épais, donc on peut être un peu apeuré au début. Et puis finalement, il se lit extrêmement vite. Pourquoi je le recommande ? Parce que c'est un livre qui est en fait très facile d'accès. Il faut dépasser les premières pages parce qu'elles peuvent un peu choquer par ce qui est dit, mais on peut le lire à tous les âges de sa vie et on va y trouver quelque chose de différent. Et surtout, c'est un livre où il y a une forme de simplicité dans l'écriture qui pourtant, à travers ou avec cette simplicité, va nous dire des choses extrêmement profondes sur la vie. Et la deuxième chose pour laquelle je le recommanderais, c'est tout simplement parce qu'il est intitulé L'art de la joie. Et c'est une femme, ou en tout cas le personnage Modesta qu'on va suivre, qui constamment va chercher à cultiver ce plaisir-là. Elle va tenter de reconnecter avec une joie intense qui est celle de la vie. Et je pense que l'écriture le permet également. Je recommande chaleureusement cet ouvrage-là.

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